Hier, à l’heure du goûter, après avoir terminé son premier biberon de lait chocolaté, Paul en réclame un second. Comme il faut également nourrir sa soeur, je profite lâchement de l’absence de sa maman (qui aurait certainement hurlé devant les gravissimes risques d’étouffement) pour proposer à Paul de patienter avec un bon morceau de chocolat aux noisettes. Il ne se pas fait prier, proférant un de ces « huuuum » surjoués dont il a le secret pour que je comprenne bien son approbation et sa gratitude.
Paul n’a pas encore l’habitude des fruits secs. En se barbouillant copieusement de chocolat, il entreprend sur mon conseil avisé de croquer les noisettes qui restent dans sa bouche. Consciencieux, je vérifie la qualité du broyage en lui demandant d’ouvrir la bouche. Tout se passe très bien, les noisettes sont méconnaissables. Les pauvres.
Peu après, alors qu’Hélène a terminé de goûter, je lave les mains de Paul, tout en vérifiant qu’il a absorbé tout le chocolat afin d’assurer la pérennité de l’opération propreté. La bouche est encore nettement colorée de marron. Je confectionne le complément de lait pour Paul et lui tends le biberon ; il hésite à le porter à la bouche. « Tu n’en veux pas » ? Pas de réponse. Paul finit par mettre les doigts dans la bouche pour en ressortir, d’un air penaud, un petit morceau de noisette pillée qu’il dépose gentiment dans ma main. Puis un autre morceau, et encore d’autres. Finalement je dois l’aider à sortir presque morceau par morceau la pauvre noisette brisée.
Paul a tout de même tenu plusieurs minutes, stoïque, la bouche pleine de débris de noisette. On lui avait expliqué récemment qu’il ne fallait pas recracher, il ne tenait pas non plus à avaler : il se trouvait manifestement devant un affreux dilemme qu’il a résolu avec une grande logique, avant que papa le sorte de ce mauvais pas.